Peu nombreux sont ceux qui pourraient aujourd’hui se prévaloir d’avoir vécu leur vie durant dans la maison où ils sont nés, sans ne l’avoir jamais quittée.

A 74 ans, François Campana est l’un de ceux-là et certainement le seul et le dernier de Pietra.

Une minuscule maison qui domine le village au-dessus di u Uadu, c’est là que l’on peut le trouver, dans la demeure familiale qu’il habitait avec ses parents et ses six frères et sœurs, avant qu’ils ne meurent ou ne partent vers d’autres cieux.

Une vie difficile, dans les dures conditions qui furent celles de sa génération, la dernière à n’avoir connu pour vivre que le travail, le travail comme vertu cardinale qui prévalait sur tout le reste.

Un travail dur et ingrat, celui de journalier, se louer à la journée pour faire du bois, ramasser les châtaignes, transporter le fumier, seul ou avec son âne, pour gagner quelques sous et contribuer à la subsistance de la famille, à une époque où tout était payant

Aujourd’hui François se dit heureux, avec une pension d’invalidité qui lui permet de vivre décemment, une aide- ménagère qui s’occupe de son intérieur et de ses courses, une infirmière qui lui prodigue les soins que nécessite son état.

Des difficultés pour se déplacer font qu’on le rencontre peu, alors qu’il fut une époque où il participait pleinement à la vie du village et où on pouvait le voir et l’entendre chanter à l’église. Une voix rauque, celle des paysans corses d’autrefois, vecteur somptueux des chants religieux, qui traversait d’émotion les fidèles dans notre vieille église.

Un corse comme peu aujourd’hui savent le parler, un français châtié comme un présent de la République à chacun de ses enfants qui l’a accepté par respect pour elle et aussi, et peut-être surtout, pour lui-même, une parole mesurée preuve d’une éducation sans faille et signe d’une grande dignité.

François Campana un piétrolais « ordinaire », sujet de fierté pour notre village.

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