
Si le « beau » procure du plaisir, le sublime se met au service du divin, lorsqu’il suscite un sentiment qui le projette vers le sacré.
Tout le génie de ceux qui ont mis leur art au service de la transcendance, a été de participer, consciemment ou non, à la réussite de cette transmutation spirituelle.
Toutes choses égales par ailleurs et en restant dans une juste mesure, on peut dire que les peintres et artisans – restaurateurs, par leur travail d’une grande complexité technique, avec la représentation des formes, des volumes, des couleurs et des nuances…ont magnifiquement redonné vie aux peintures fresques et sculptures de la cathédrale baroque du 18e siècle, édifice religieux parmi les plus prestigieux de l’île, et ont apporté leur contribution à la réussite de cet exercice.
Au delà de son caractère religieux, la Cathédrale de Cervioni, résidence du curé de l’ensemble interparoissial Alesani, Cervioni, Moriani, dont fait partie Pietra di Verde, c’est l’art et la culture de de la Corse, qui ont été honorés par cette rénovation en ce dimanche 11 octobre, sous l’égide du Cardinal BUSTILLO, Evêque d’Ajaccio, qui a célébré l’eucharistie en présence d’une foule considérable, assisté par le Père Luc curé de la paroisse et le Père Jean-Marie son vicaire.

Un moment de l’histoire de la Corse qui justifiait selon Alexandre D’ORIANO mélomane de la sacralité, approuvé par les autorités laïques et religieuses, une messe de l’ordinaire, extraordinaire, qu’il a composé pour la circonstance.
Ainsi, avec la renaissance de la cathédrale, on a assisté à la naissance d’une messe, Missa Pontificalis, chantée par le Chœur Cantate de Bastia et la chorale paroissiale, avec en alternance les merveilleuses voix de Béate Maria, de Karen, de Cécilia AUBER et du trio qu’elle a formé avec Dimitri et Pierre-Jean DIDIER.
C’est en ce sens aussi que l’on peut dire que l’exercice musical de création auquel s’est livré Alexandre D’ORIANO sera certainement à classer parmi les évènements qui marqueront l’année liturgique 2026 en Haute Corse.

Et c’est avec la maestria d’un maître de chœur chevronné, qu’il allait faire exécuter sa messe, par près d’une trentaine de choristes, accompagnés par des musiciens à cordes, dont le violoncelliste Paul Antoine de Rocca serra (2), par des cuivres, trompette et cymbales qui avaient pris place sur le balcon du Chœur (la cantoria), de part et d’autre des grandes orgues, manœuvrées par le pétulant François COLIN, qui donnera toute la mesure de son remarquable talent, acquis au cours d’une carrière des plus éclectiques, qui lui a permis de cumuler les références parmi les plus flatteuses de l’art musical..

Interviendront aussi dans la célébration de la messe la confrérie de Cervioni, la sève des fidèles dans leur tunique blanche et scapulaire rouge, avec leurs voix rocailleuses qui transportent vers l’au-delà. La présence de l’Evêque permit l’intronisation de dix novices, dont le maire de Cervione Marc NICOLAÏ et Alexandre D’ORIANO.

Enfin, et pour faire en quelque sorte bonne mesure, quatre confirmands allaient « profiter » à leur tour de la venue de l’évêque, pour recevoir le dernier sacrement de leur parcours liturgique, en présence de communiants des années précédentes, invités eux aussi à s’associer à ce moment de piété et de célébration.

Ce sera ensuite la procession qui traversera Cervioni, la cité du balcon sur la mer, ainsi qu’on la surnomme, avec la statue de Saint Alexandre SAULI son Saint patron (3) et de l’une de ses reliques, accompagnées par les chants des fidèles et des confrères.

Une belle cérémonie qui sera suivie d’un apéritif déjeunatoire dans les jardins de la municipalité, offert par cette dernière.

(1)Située dans l’ensemble inter-paroissial dont la paroisse de Pietra di Verde fait partie, l’église de Cervione a la dénomination de « cathédrale ». Il s’agit là d’une réalité historique, qui remonte à une époque où la Corse (depuis le 3e siècle) était divisée en 5 diocèses, auxquels correspondaient 5 évêques. Dans la 2e partie du 16e siècle Aléria, siège de l’un de ces diocèses, fut détruite, très certainement dans le contexte de la lutte que SAMPIERO menait contre les génois. L’évêque d’Aléria, Alexandre SAULI, un milanais de noble famille, transféra avec l’accord du pape le siège de son diocèse à Cervione et y fit bâtir une cathédrale, l’actuelle église.Il est toutefois d’usage que l’église conserve sa dénomination de Cathédrale, même en cas de disparition de son siège épiscopal,
(2) Professeur au conservatoire de Corse.
(3)En passant par l’entrée latérale de l’église, on trouve une plaque de marbre qui mentionne les mérites d’Alexandre SAULI, qui conduisirent à sa canonisation par le pape Pie X en 1904. Il fut en outre déclaré patron de Cervione en 1963.
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